De l'art de publier

Les avantages d’être un·e auteur·ice hybride

Être un auteur hybride, quèsaco ? Dans le milieu littéraire, on entend de plus en plus souvent ce terme que ce soit dans des articles ou au détour d’une conversation entre écrivains (logique d’ailleurs puisque l’autoédition a pris son envol depuis plusieurs années).
Cette notion fait simplement référence à un romancier qui est publié en maison d’édition traditionnelle et en autoédition. Aujourd’hui, je vous propose d’analyser les avantages de ce choix. C’est parti !


La légitimité

L’un des points forts de cumuler ces deux types de publication se trouve certainement dans la légitimité qu’a gagnée l’auteur grâce à des éditeurs, ce qui est vu et perçu par le lectorat et par le milieu comme un gage de qualité. Cela démontre que l’autoédition est un choix opéré en toute conscience. Attention, je ne dis pas que c’est la seule façon de gagner cette légitimité car j’ai autour de moi des consœurs et confrères autoédités qui vendent des livres d’une qualité remarquable. Ils proposent des contenus parfaitement professionnels et qui sont du même niveau que ce que l’on peut trouver en librairie. 
Personnellement, j’ai opté pour l’autoédition numérique de trois de mes titres (Bye Bye Paris, My life et Le goût des rêves est éternel) après avoir récupéré leurs droits suite à une première publication en édition traditionnelle. Ces trois romans sont d’ailleurs toujours édités au format papier par mon éditeur québécois. Je dois avouer que, d’un point de vue personnel, j’étais beaucoup plus à l’aise de proposer ces titres en indépendante après avoir eu l’opportunité d’être publiée en maison d’édition. Il s’agissait d’un besoin de réassurance de mon côté parce que je souhaitais encore recevoir une validation extérieure pour me sentir pleinement « romancière », ce qui ne signifie pas que c’est le cas de tout le monde. Pour moi, mes romans édités m’ont permis de gagner en confiance, je savais que j’avais déjà une base de lecteurs et me sentais ainsi plus apaisée et suffisamment forte pour tenter l’aventure en indépendante. 

« Il faut une grande confiance en soi, en sa passion et en son propre processus éditorial pour pouvoir s’affranchir de ce besoin de légitimité extérieure. C’est cette recherche de légitimité qui va pousser les auteurs avant toute autre chose vers l’édition traditionnelle. »

Licares

La liberté

Ce qui m’a plu quand je me suis lancée dans l’aventure de l’autoédition ? La liberté dont je bénéficiais. J’avais le choix et la maitrise de tout le processus et je trouve cette dimension particulièrement grisante. Grâce à une amie très douée en graphisme, j’ai pu proposer aux lecteurs des couvertures différentes, je me suis amusée à créer des visuels sur Canva pour des publicités sur les réseaux sociaux, j’ai pu travailler mes 4e de couverture selon mes propres goûts, changer mes titres et j’ai défini mes prix selon mon bon vouloir. Évidemment, toutes ces activités sont très chronophages et se lancer en tant qu’indépendant, c’est jouir de cette liberté mais devoir consacrer du temps à gérer toute cette chaîne prise en charge par l’éditeur quand on choisit l’édition traditionnelle.
J’ai beaucoup appris grâce à ces démarches et je me suis aussi beaucoup amusée. En tant qu’indépendant, on peut également gérer son temps et organiser ses journées. Toutes les tâches peuvent être listées et vous pouvez planifier des heures pour votre promotion, pour les visuels, pour analyser vos statistiques de vente ou encore pour développer de nouvelles compétences en communication ou en marketing.
A mes débuts, j’ai lu beaucoup d’articles sur l’autoédition (je vous conseille le blog de Jupiter Phaeton) car j’avais besoin de conseils pour me lancer, pour savoir s’il était pertinent de proposer des précommandes sur les plateformes, pour apprendre à positionner mes romans, pour comprendre et maitriser certains outils (je vous recommande 3D Book Cover Creator pour créer des visuels de vos livres).
Conseil : aujourd’hui, le monde de l’autoédition s’est professionnalisé. Si vous décidez de vous lancer, entourez-vous de correcteurs, graphistes et bêta-lecteurs pour proposer un roman prêt à conquérir un lectorat exigeant.

L’accompagnement

Cela peut sembler paradoxal à la liberté que j’évoquais avant, mais ce que j’aime aussi dans le fait de travailler avec un éditeur, c’est la confiance qu’il me permet d’avoir dans mon texte. Je ne me sens plus seule face à la responsabilité de la qualité de mon roman. Je sais que nous visons le même but : proposer un livre le plus abouti possible aux lecteurs et le fait de bénéficier du regard averti de mon éditeur me donne l’impression d’avoir fait le maximum pour améliorer mon manuscrit. 
Votre éditeur est la deuxième personne à soutenir votre projet après vous. C’est un soutien qui vous permet de croire en vous et en votre histoire. Lui aussi aime vos personnages, il apprécie vos rebondissements et pense que votre livre va plaire aux lecteurs. C’est une démarche valorisante même si, je ne vous le cache pas, c’est un énorme travail de réviser son texte. Quand je reçois mon roman avec les suggestions de mon éditrice, je déprime un bon coup avant de me faire un café et de m’y plonger sérieusement. Autant la phase d’écriture est un bonheur où mon esprit peut vagabonder, autant la phase de correction demande une concentration sans faille. Il s’agit de trouver des synonymes, d’améliorer une description peu claire, de raccourcir un passage ou au contraire de le développer. C’est un travail passionnant, nécessaire pendant lequel on peut discuter, échanger et avoir des conversations perchées sur les personnages comme s’ils existaient vraiment. 
On peut également noter que l’accompagnement financier n’est pas négligeable car, signer avec un éditeur signifie que vous ne débourserez pas un centime pour la maquette, la couverture, la correction et la fabrication de votre ouvrage. 

La synergie

Que l’on débute par un mode d’édition ou un autre, cette première expérience permet de construire un lectorat, une base de lecteurs qui vous suivra peu importe la voie que vous choisirez. De ce que j’ai pu observer, mes amies autoéditées sont très présentes sur les réseaux sociaux et interagissent beaucoup avec leur communauté. Cette fidélisation et l’implication dont elles font preuve sont également des points forts pour un éditeur traditionnel qui peut profiter de leur lectorat fidèle et de leurs fortes compétences en promotion. D’ailleurs, plusieurs d’entre elles ont signé des contrats avec des éditeurs pour l’exploitation papier de leurs ebooks. Lors de la sortie, elles peuvent ainsi bénéficier des lecteurs fans de la ligne éditoriale de la maison d’édition. 
L’inverse est vrai aussi. Un auteur en édition traditionnelle peut profiter de sa légitimité et de la confiance de ses lecteurs pour tenter l’aventure de l’autoédition. 
On peut également évoquer ici la notion de timing. L’édition classique est lente, ce qui se comprend en raison des plannings, du programme de la maison et des multiples intermédiaires nécessaires à la sortie d’un livre. Corrections, mise en page, fabrication (les imprimeurs sont parfois bookés des mois à l’avance), distribution et diffusion prennent du temps. Entre la signature d’un contrat et la publication effective de votre roman, il peut se passer environ un an. 
En autoédition, un roman peut être en ligne en quelques jours voire en quelques heures ! Évidemment, il vous faudra l’avoir préalablement corrigé de manière professionnelle, avoir fabriqué une couverture adéquate et avoir travaillé votre promotion et votre positionnement. Ces tâches demandent également du temps, ne l’oubliez pas si vous souhaitez vous lancer.
En tant qu’auteur hybride, vous pouvez jouer sur ces temps éditoriaux et adapter vos sorties.

La rémunération

Un point non-négligeable de cumuler les deux types d’édition se trouve dans la rémunération. En effet, elle diffère fortement dans le milieu traditionnel et dans celui de l’autoédition. 
Sur certaines plateformes, un auteur peut toucher jusqu’à 70% de droits avec ses ebooks alors qu’en édition traditionnelle, il touchera entre 15 et 25% au maximum. 
De plus, vos droits d’auteurs seront versés chaque mois contrairement à l’édition classique qui rémunère l’auteur en plusieurs temps avec l’à-valoir à la signature du contrat (l’avance sur droit) puis le résultat des ventes qui arrive en général six mois après la clôture des comptes au 31 décembre. Tout dépend du contrat que vous avez signé.

La formation

Quand j’ai décidé de me lancer dans l’autoédition, j’ai voulu me former à certaines stratégies de communication. J’ai consacré du temps pour mon projet et cette démarche m’a rendu fière de moi. Quoi de plus gratifiant quand les résultats que nous obtenons sont le reflet de notre propre et unique force de travail ? C’est un sentiment euphorisant. J’ai suivi les conseils de mes consœurs dont Julie Huleux ou Tamara Balliana pour construire une communauté sur les réseaux, j’ai beaucoup lu et je me suis intéressée à des parcours inspirants comme ceux de Jupiter Phaeton, Aurélie Valognes ou encore Lucie Castel.
Ces romancières proposent des prestations d’accompagnement que je n’ai jamais utillisées. Par contre, j’ai énormément appris en bénéficiant de leur contenu gratuit via leurs podcasts et leurs articles.
Conseil : allez écouter le podcast de Caroline Vermalle, « Le chat de l’écrivain » ou ceux de Lucie Castel sur Licares, vous apprendrez des tonnes d’astuces sur l’édition et l’autoédition, et vous en repartirez le cœur empli d’une belle motivation et d’une énergie nouvelle. 

Conclusion

A l’heure où le monde de l’édition devient de plus en plus complexe, où les à-valoir diminuent et la rétribution des auteurs devient un vrai sujet social, cumuler les manières de s’éditer et de faire découvrir nos œuvres à des lecteurs est une belle opportunité. Faites ce qui vous ressemble, tentez les chemins qui vous appellent. Être un auteur hybride est une opportunité intéressante qui vous apprendra de très belles choses, qui vous aidera à vous dépasser et, qui sait, qui vous rendra heureux ?

 


Caractéristiques de Cali Keys : adore les palmiers, les Bisounours, les Piña Colada et les fraises Tagada.
Lieu de vie : Suisse après un passage en Californie et des études à Paris.

Déteste se mouiller les chaussettes dans la salle de bains, terminer une boîte de biscuits (y en a plus après) changer le rouleau de papier toilette et arroser les plantes.
Côté édition, elle a publié son premier roman Mon Ex me colle à la peau en 2013 avant de travailler avec des éditeurs comme Milady, Prisma, Charleston, AdA et Hauteville. Son roman, L’amour à pleines dents ! a reçu le prix Diva de la meilleure romance 2017.
Ses genres de prédilection? La romance, la new romance, le new adult, le feel-good et la comédie romantique.
Elle a publié onze romans (et ne compte pas s’arrêter, elle est trop accro) et aime partager sa passion en animant des ateliers d’écriture. Depuis plus de 8 ans, elle soutient et accompagne des primo-romanciers dans leur désir d’écrire.
Elle a également animé la masterclass Romance pour Kobo et participe régulièrement à des tables rondes et des conférences sur l’art romanesque.

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