De l'art d'écrire

Comment créer un bon personnage ?

Avec le succès de notre rubrique d’information juridique, nous avons souhaité développer les rubriques thématiques sur notre blog. C’est avec grand plaisir que nous vous proposons maintenant une section dédiée aux conseils d’écriture avec ce mois-ci un focus sur les personnages. Cette rubrique sera alimentée chaque mois par Assmaâ Rakho-Mom, écrivaine, podcasteuse, chroniqueuse littéraire et boulimique de livres comme elle aime à se présenter.

« Un personnage de roman, c’est n’importe qui dans la rue, mais qui va au bout de lui-même » disait Georges Simenon. Mais comment créer un bon personnage de roman ? Un personnage qui interpelle, qui intrigue, qui donne envie de le suivre…

Le personnage — ou les personnages si vous en avez plusieurs — porte le récit, il va constituer la matière première de votre roman. Dans un livre, c’est le personnage qui va le plus marquer le lecteur.

Qu’est-ce qui fait un bon personnage ?

  • Il a des contradictions qui lui donnent de l’épaisseur. Le lecteur pourra ainsi osciller entre fascination et répulsion.
  • Il connaît des tensions : un bon n’est jamais complètement bon, un méchant n’est jamais complètement méchant. Les personnages trop manichéens ne sont pas crédibles.
  • Il évolue au fil du récit. S’il stagne et tourne en rond, l’histoire n’avance pas ou peu, et le lecteur vous lâche puisqu’il s’ennuie.
  • Il entre en harmonie avec les personnages secondaires sans non plus les métamorphoser.
  • Il a un mode d’expression propre à lui, vite reconnaissable. Si tous les personnages parlent de la même manière, ont les mêmes expressions, les mêmes façons de s’exprimer, le lecteur risque de se perdre en cherchant à savoir qui est qui.
  • Il ne répond pas aux normes et préjugés attendus. Un jeune homme qui a grandi en Seine-Saint-Denis ne parle pas forcément en « ouech ouech t’as vu ». Au contraire ! Et inversement, un jeune homme ayant grandi dans les beaux quartiers ne parle pas forcément bien. Jouez sur ces stéréotypes attendus en les cassant.

Comment créer un bon personnage ?

  1. Sachez tout de lui, vraiment tout, mais ne dites pas tout. Ne donnez les informations sur votre personnage que quand elles sont utiles. Jouez avec les zones d’ombres, de repli, de secret. Donnez les éléments les plus saillants de sa personnalité, de son physique, mais évitez de tout dévoiler, l’exhaustivité créerait l’ennui. Vous avez différentes manières de le montrer, de le caractériser auprès de votre lecteur. 
    Vous pouvez le faire à travers ses actes. Ce que fait ou dit une personne en dit long sur elle. Un personnage qui discute avec la femme de ménage de son hôtel par exemple, est différemment perçu qu’un même personnage ne répondant pas à son salut. Autre exemple, un personnage qui trahit un secret n’est pas vu comme celui qui jamais ne le divulgue. Jouez sur les actions de vos personnages pour montrer qui ils sont. Mais n’abusez surtout pas de cette méthode, car les actes ne disent pas tout.
    Vous pouvez le faire à travers le passé du personnage. Distiller de manière habile des informations sur le passé du personnage permettra au lecteur de mieux comprendre son comportement et ses agissements au fil de l’histoire.
    Vous pouvez le faire à travers les petites manies et obsessions du personnage. Les petites manies rendent uniques et très vite identifiables (obsession vestimentaire, grigri porte-bonheur, chewing-gum toujours à la bouche, écriture avec le même stylo bleu de la même marque tout le temps, etc.). Elle crée aussi une certaine connivence avec le lecteur, qui repère ainsi le personnage et le reconnaît. Et enfin elle a cela de pratique que, dès qu’elle est changée, il y a retournement. Si le personnage arrive ce jour-là sans chewing-gum alors qu’il en a toujours, on peut jouer dessus pour souligner un changement ou un retournement.
    Vous pouvez le faire à travers ses goûts. A-t-il un livre, un film, un chanteur préféré ? Le lecteur s’attachera d’autant plus au personnage s’il connaît ses goûts.
    Vous pouvez le faire à travers son milieu social, son réseau de connaissance. Pour un effet comique ou dramatique réussi, il peut alors être intéressant de déplacer le personnage dans un milieu très différent du sien. Le vocabulaire, le ton, l’expression corporelle, l’attitude change et on le voit autrement, on voit les ressorts qu’il déploie, bons comme mauvais. Et cela en dit pas mal sur lui.
  2. Jouez avec votre lecteur. Comment ? En jouant sur l’imprévisibilité du personnage. Entre ce que le lecteur peut en attendre et ce qu’il pourrait faire, laissez un espace qui créera tension et suspens.
  3. Trouvez-lui un nom et un prénom qui ouvrent au lecteur tout un imaginaire. Les noms des personnages doivent bien être différenciés.
    Pour trouver le prénom adéquat à votre personnage, commencez par imaginer son profil physique et psychologique ; lui trouver un métier, une personnalité, cela aidera. 
    Evitez les prénoms qui se ressemblent trop, à l’écrit comme à l’oral. Si l’un de vos personnages s’appelle Marie, évitez d’en appeler un autre Marianne. Au contraire, variez plutôt les sonorités, le nombre de syllabes, la musicalité, etc.
    Ne choisissez pas un prénom trop compliqué, il gênerait le lecteur et finirait par le fatiguer. Si votre histoire vous oblige à en choisir un compliqué, trouvez-lui un surnom.
    Faites attention au sens du prénom choisi, à ce qu’il corresponde au caractère du personnage.
    Vous pouvez même aller plus loin avec le prénom et en faire un point de l’intrigue. Si le personnage n’aime pas ce prénom, cela peut jouer sur ses émotions, son passé, ses réactions quand on l’appelle, etc.
  4. Faites en sorte que votre personnage ait un désir profond, viscéral. 
    Pour faire avancer l’histoire et attirer l’attention du lecteur, il faut que votre personnage soit mû par quelque chose de puissant, par un désir à combler. Sinon, il ne se passe rien. Quand vous travaillerez sur la construction de votre personnage, c’est une des questions phares qu’il faudra vous poser : « quel est le désir profond de ce personnage ? » Ce désir peut être tout à fait simple, mais il le pousse fort, il est très intimement ancré, inconscient.

Exercice 1

Construire un personnage de roman à travers l’observation d’une personne choisie dans la rue, dans le métro, dans un restaurant, un café, où vous voulez.

  • Commencez par l’observer attentivement (restez discret par contre !) : son habillement a-t-il quelque chose de particulier ? Quel âge a-t-elle ? Comment elle se tient, marche, parle ? Quelle est sa gestuelle ? Le moindre détail compte.
  • Vous avez observé que cette personne porte une redingote hyper rétro et un chapeau haut de forme. Imaginez pourquoi elle s’habille ainsi, comment est sa garde-robe, étudiez le langage corporel qui en découle, étudiez ses mimiques, sa façon de se déplacer. Si elle très souriante, imaginez pourquoi. Laissez aller votre imagination. Vous êtes en train de créer un personnage.
  • Mettez-vous à la place de cette personne, dans son corps, dans ses pas. Cette personne qui s’éloigne d’un pas assuré, la redingote élégante, et qui tout d’un coup s’arrête, cherche son chemin, s’affole et cherche de l’aide. Entrez dans sa tête, imaginez ses pensées, sa destination, ce qui l’amène là, etc.
  • Et enfin, imaginez une suite à cette scène observée. Où va la personne, pourquoi, pour retrouver qui. Inventez une suite à ce moment.

Avec cet exercice, vous travaillerez l’observation, l’empathie, et l’imagination. Il se pratique n’importe où et permet d’imaginer mille personnages tout le temps.

Exercice 2

Vous avez un personnage en tête. Il n’a encore que de vagues contours. Placez son nom au milieu d’une grande feuille, et lancez votre chronomètre. Vous avez dix minutes en écriture automatique pour lui écrire des traits caractéristiques, un passé, un physique, etc. Ne levez pas votre stylo tant que les dix minutes ne sont pas passées. Ne réfléchissez pas, écrivez, écrivez, écrivez ! Vous relirez et ferez le tri dans un second temps.


Assmaâ Rakho-Mom est écrivaine, podcasteuse, chroniqueuse littéraire et boulimique de livres. Elle aime par-dessus tout écrire, raconter des histoires, mettre en scène des récits. Le faire sur divers supports, via différents canaux, et avec des styles variés la stimule grandement. Assmâa Rakho-Mom a été journaliste, correctrice, directrice de collection dans l’édition, chroniqueuse littéraire, avant d’arrêter ces activités pour se consacrer à l’écriture. En parallèle, elle a développé Bookapax, un compte Instagram dédié au livre et à l’écriture, puis un podcast littéraire, le Bookapax Podcast. Elle est l’autrice de deux romans : Les cellules de la galère et Le fils de Zahwa.

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